Wednesday, May 11, 2005
Bleu
J’ecris en francais parce que j’ai besoin de resaisir le plaisir que j’avais en cette langue. Je me fous du grammaire, des anglicismes. Je ne veux rien que retrouver le rythme et la musique de cet ami negligé.Aujourd’hui est un de ces jours bleus hormonaux. Je les aime et je les hais; ils me font vivre, chaque instant devient poignant, mais ils me rendent melancolique. Les details banaux m’attristent. Les clignotants silencieux, arrythme, des voitures en queue. Le pouls des bandes des lumieres dans un tunnel. Les ombres voletants.
De l’autre coté, je tombe amoureuse de tout. De tous et de toutes. Un gars dans ma classe de droit, qui a les cheveux noirs, les visage toujours baissé. Il ne parle a personne; mal a l’aise, timide, le contraire des autres jeunes, arrogants, se pavanant comme des coqs. Lui, il marche comme un petit garcon qui a grandi trop rapidement. Gauchement, comme s'il n’a pas encore reussi a s’habituer a ses nouveaux membres. Il porte un sac a dos decoré de Ninja Turtles. On ne s’est jamais parlé, je n’ai meme jamais entendu sa voix.
Il y a d’autres que je regarde. Une rousse, les yeux intelligents, riants mais gentils, assise en face de moi en classe de français. La bouche toujours prête à rire, comme une fraise. La prof aussi, je l’aime- je suis toujours un peu amoureuse de mes profs de français. Celle-ci a bon coeur et l’humour. La grace de quelqu’un qui a appris la danse classique quand elle etait petite, charmante sans être exactement belle.
Je suis aussi amoureuse d’un image, un spectre sur un ecran. J’aime aimer a distance Je viens de la voir dans le film Possession. Chacun de ses scènes est une peinture de Rembrandt. Encore une rousse, la peau de porcelaine, les pommettes hautes. Lumineuse. Encore ce sont les yeux qui m’attirent; les yeux qui parlent, qui brillent de larmes, de sourires, de rage. Les gestes subtils. Une scène en particulier me perce au coeur. Enceinte, son amoureuse suicidée de jalousie, son amour perdu loin d’elle, elle se tient droite, la tete haute, dans un jardin. Elle porte une robe de vert foncé en velours et tout autour d’elle est la verdure. Seul son visage est illuminé par ses tresses du couleur de feu. C’est sa immobilité qui me transfixe, qui exprime sans aucun geste, sans aucun mot, la souffrance, la tragedie, la passion, la nobilité; la force et la fragilité de verre.
Dans ces jours bleus languissants, je retrouve la romantique en moi, enterrée sous les couches de cynicisme, d’armure. Je ressens encore le besoin pour la poesie. Je me rappelle que je suis un corps, non seulement un esprit. Je desire. Je veux aller dans des pays latins, des pays ou l’amour est un passetemps national. Je veux baiser des inconnus.
Je mens. J’ecris en cette langue pour m’eloigner de ce que j’ecris. Pour me cacher en me devoilant.
# posted at 12:56 am
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